Crise politique en RDC : Comment Joseph Kabila écrit (de sa main) le scénario du futur

POLITIQUE

Crise politique en RDC : Comment Joseph Kabila écrit (de sa main) le scénario du futur

Joseph Kabila, président de la RDC, en campagne lors de la présidentielle de 2011. Joseph Kabila, président de la RDC, en campagne lors de la présidentielle de 2011.

13 octobre 2016 | Par Yvon Muya

 

Après une longue interruption du dialogue, causée par les événements du 19 septembre 2016 à Kinshasa, les choses s’accélèrent en RDC. Un accord politique entre la Majorité et l’opposition « pro dialogue » est imminent. Il est censé redonner du souffle au pouvoir congolais. Particulièrement au président Joseph Kabila qui a décidé de prendre, lui-même, la situation en main.

« Nous avons un accord, nous pouvons même l’annoncer… ». Sur France 24 mercredi, le porte-parole du gouvernement congolais était un homme pressé. Il y a de quoi. Lambert Mende le sait. Après des semaines de disette diplomatique et de pression interne menée par le Rassemblement des forces politique et sociales acquises au changement, la coalition de l’opposition qui a boycotté le dialogue, le vent est peut-être en train de tourner (?)

L'artisan de cette bouffée d’oxygène est le chef de l’État, lui-même. Après avoir communiqué par un message lu à la télé, au lendemain des violents incidents qui ont fait des dizaines de victimes à Kinshasa le 19 septembre, et suscité des critiques, Joseph Kabila a, tout de suite, déclenché sa « machine de communication » dont lui, seul, a le secret.

« C’est lui qui donne le tempo. Tout se fait selon qu’il le veut », observait il y a quelques jours, sur CAS-INFO, un journaliste congolais, analyste de la vie politique à Kinshasa depuis de longues années.

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À Kinshasa, le dialogue est au point mort, la Cité de l’Union Africaine sonne creux, le feu qui vient d’embraser la capitale sent encore…, très peu sont ceux qui peuvent encore imaginer une issue favorable d’un dialogue qui s’éternise. C’est ce moment que Joseph Kabila choisit, enfin, de prendre la parole pour parler…des élections.

Depuis Dar es Salaam en Tanzanie, le 4 octobre, jour…du conclave en (grande pompe) du Rassemblement, le chef de l’État assure que « les élections pourront se tenir cette année ou un autre jour » et que « tout dépendra des travaux du dialogue qui se poursuivent à Kinshasa ». Une sortie qui provoque un nouveau tollé.

C’était l’acte I d’un scénario que le président écrit de sa propre main.

Le chef de l'État Joseph Kabila reçu en Tanzanie par son homologue John Magufuli le 4 octobre 2016. Le chef de l'État Joseph Kabila reçu en Tanzanie par son homologue John Magufuli le 4 octobre 2016.

Acte II. Retour à Kinshasa. Joseph Kabila convoque sa garde rapprochée à Kingakai, dans sa ferme située dans l’Est de Kinshasa (où tout se décide habituellement) et sonne la mobilisation pour « gagner les élections ».

Outre le rappel des troupes, en vue des futures élections, le président a surtout tranché sur l’accord du dialogue de l’UA. Le poste de premier ministre ira bien à l’opposition. Sans aucun doute, à Vital Kamerhe. Son ancien bras droit est aujourd’hui l’homme grâce à qui le chef de l'État doit traverser, sans encombre, la fameuse zone de turbulence du 19 décembre 2016.

Dans le même temps, la contre-offensive médiatique est lancée. Rfi, Tv5, France 24. Lambert Mende, l’homme qui a le verbe facile n’est pas au téléphone depuis Kinshasa. Mais sur place en France. Avec un double objectif : vendre l’accord qui va être bientôt signé. Mais aussi, mettre en garde la communauté internationale, la France, les États-Unis et la Belgique. « La RDC a déjà un passé douloureux [l’assassinat de Patrice Emery Lumumba et il n’en voulait pas un autre] ». Ou comment retourner la pression d’où elle est venue devant leurs propres opinions nationales.

L'autre message subliminal est venu de Lubumbashi. Contre toute attente, la population de la terre de Moise Katumbi a assisté, bouche bée, au retour d’un revenant. Couvert de barbe et coiffé d’un chapeau à l’effigie de Joseph Kabila, le chef de guerre Gédéon Kyungu, responsable de plusieurs victimes et d’exactions dans le Nord Katanga, accueilli en triomphe, « vient répondre à l’appel au dialogue », a-t-il déclaré.

Ça fait grincer les dents. Ça fait mal. Mais, ça participe à la scénographie entamée à Dar es Salaam, poursuivi à Kingakati et propagée en Europe par Lambert Mende. Dans une sorte de distribution des rôles qui a vu, aussi, le procureur générale de la République mettre la main, lundi, sur Bruno Tshibala. Un opposant membre de l'UDPS. Ajoutant, ainsi, la pièce du puzzle qui manquait à l'opération présidentielle et qui peut se résumer à peu près à ceci :

" Moi, Joseph Kabila, j'envoie Lambert Mende défier l'occident chez lui, sur son propre terrain. Je suis un homme de paix qui pardonne un chef de guerre. Mais, pour vous qui serez encore tentés de mettre le feu au pays, attention, je suis encore capable de vous envoyer séjourner à Makala"

Enfin, l’acte III se poursuivra à Luanda le 26 octobre 2016. Le sommet de la conférence internationale sur la région des grands lacs qui réunira également l’Union Africaine et les Nation-unies évoquera principalement la crise congolaise. Joseph Kabila y sera présent avec un accord dans la poche et devra compter sur ses amis. Ces Angolais et Rwandais qui ont toujours un mot à dire sur la RD Congo.

Avec, désormais, le fin stratège, Vital Kamerhe de retour (à la maison ?), Joseph Kabila entend bien jouer la carte région contre l’international et inverser la tendance. Jusqu'à quel prix ?

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